Si le serveur de votre fabricant disparaissait demain, votre installation solaire continuerait-elle à produire, à charger la batterie et à protéger votre maison ? Selon la marque et la façon dont l’installation a été conçue, la réponse varie de « sans aucun souci » à « plus grand-chose ».
On parle beaucoup de rendement, de cycles et de subventions. On parle très peu d’un point pourtant concret : un onduleur et une batterie modernes sont des ordinateurs reliés à internet, installés dans votre cave ou votre garage, souvent pour vingt ans ou plus. Ils reçoivent des mises à jour, envoient des données, acceptent des commandes à distance. Ce sont autant de choses utiles, mais aussi autant de dépendances et de portes à contrôler.
Chez My Solar Battery, nous posons cette question en amont de chaque projet, parce qu’elle conditionne le choix de l’architecture. Il ne s’agit ni de jouer sur la peur, ni de balayer le sujet d’un revers de main. L’objectif de cet article : vous donner les critères pour distinguer ce qui relève du confort (l’application sur votre téléphone) de ce qui relève du fonctionnement vital de l’installation (la régulation, les protections), et vous aider à poser les bonnes questions avant de signer.
👉 L’essentiel à retenir
- Un onduleur ou une batterie connectés sont des objets informatiques : ils exposent une surface d'attaque et dépendent parfois d'un serveur distant que vous ne maîtrisez pas.
- Il faut distinguer le fonctionnement local (régulation, protections, bascule de secours), qui doit tourner sans internet, de la supervision cloud, qui n'est qu'une couche de confort ; le pilotage de l'autoconsommation, lui, s'exécute soit en local, soit en partie dans le cloud selon les marques.
- Les vrais risques sont rarement cinématographiques : mots de passe par défaut, accès distant ouvert, comptes partagés avec l'installateur, abandon d'une application par le fabricant.
- Un bon intégrateur sépare le réseau de l'installation du réseau domestique, change tous les accès par défaut et documente qui peut intervenir à distance.
- Avant de signer, posez cinq questions simples sur le mode dégradé, la propriété des données, les mises à jour et la réversibilité du système.
1. Cloud, supervision, régulation : ne pas tout mélanger
Un système solaire avec batterie se compose de trois couches distinctes : la régulation locale, le pilotage de l’autoconsommation et la supervision en ligne. Seule la dernière devrait dépendre du cloud, et c’est elle que l’on peut perdre sans conséquence si l’installation est bien conçue.
1.1 La couche qui doit tourner sans internet
La régulation locale, c’est le cœur : conversion du courant, protections électriques, protection anti-îlotage, charge et décharge de la batterie, dialogue avec le BMS (le système de gestion de la batterie). Tout cela doit fonctionner de manière autonome, dans le boîtier, sans attendre l’autorisation d’un serveur. Un onduleur qui s’arrête de réguler parce qu’il ne joint plus son cloud serait un défaut de conception grave. Dans la pratique, les équipements sérieux se mettent alors en mode local et continuent leur travail.
1.2 La couche qui orchestre : le pilotage de l’autoconsommation
Au-dessus, il y a l’intelligence d’optimisation : décider quand charger la batterie, quand lancer le chauffe-eau, quand laisser la pompe à chaleur consommer. Selon les marques, cette logique s’exécute soit dans un boîtier local, soit en partie dans le cloud. C’est ici que se joue la vraie différence. Dans l’univers Victron, par exemple, l’algorithme est exécuté localement par le boîtier de supervision : c’est ce que détaille notre article sur ce que fait réellement le Cerbo GX. Le portail en ligne ne sert alors qu’à observer et à régler à distance.
1.3 La couche de confort : l’application et le portail
Enfin, l’application mobile et le portail web. Ils affichent la production, la consommation, l’état de charge, et permettent des réglages. Si le service s’interrompt, vous perdez la visibilité, pas l’électricité. C’est une perte réelle (on ne détecte plus une panne silencieuse), mais elle n’est pas dramatique si le reste fonctionne. Pour voir ce que cette couche apporte au quotidien, lisez notre guide pour suivre sa consommation sur le portail VRM de Victron.
Le test à retenir est simple : que se passe-t-il le jour où la box internet tombe en panne, ou le jour où le fabricant ferme un service ? Une installation bien conçue continue de produire, de stocker et de protéger. Elle perd seulement la télécommande.
2. Les vrais risques : moins spectaculaires, plus quotidiens
Les incidents de cybersécurité sur des installations résidentielles semblent venir le plus souvent de mauvaises configurations (mots de passe par défaut, accès distants ouverts) plutôt que d’attaques sophistiquées : mot de passe par défaut, accès à distance ouvert, compte partagé. Ce sont des fragilités que l’on corrige à l’installation.
2.1 Les accès par défaut jamais changés
Beaucoup d’équipements sortent d’usine avec des identifiants génériques, parfois identiques sur toute une série. Si personne ne les modifie à la mise en service, n’importe qui connaissant la référence du produit peut tenter l’accès. C’est le premier réflexe d’un bon installateur : changer chaque mot de passe, désactiver les comptes inutiles, et noter les accès dans le dossier remis au client.
2.2 L’exposition directe sur internet
Ouvrir un port sur la box pour « accéder à son onduleur de l’extérieur » est une très mauvaise idée. L’équipement devient visible sur internet, et il n’est pas conçu pour résister à des scans automatisés permanents. Les portails des fabricants, ou un accès par connexion sécurisée (type VPN), sont bien préférables. Si un installateur vous propose une redirection de port « pour simplifier », c’est un signal d’alerte.
2.3 Les comptes partagés et les accès oubliés
Votre installateur a probablement accès à votre portail pour le suivi. Très bien, c’est même utile pour la maintenance. Mais cet accès doit être nominatif, tracé, et révocable. Pareil pour l’ancien propriétaire, l’électricien d’un autre chantier ou le proche à qui vous aviez envoyé un lien de consultation : un accès oublié reste un accès ouvert.
2.4 La question de la vie privée
Une courbe de consommation fine, au quart d’heure, raconte votre vie : à quelle heure vous vous levez, quand la maison est vide, quand vous êtes en vacances. Ces données sont stockées chez le fabricant ou chez son prestataire. Savoir où, combien de temps, et qui y accède relève de la protection des données, un sujet distinct de la sécurité technique mais tout aussi réel. Les conditions d’utilisation du portail se lisent, au moins en diagonale.
3. Dépendance au cloud : trois scénarios à anticiper
La dépendance à un service en ligne n’est pas un problème tant qu’elle reste optionnelle. Elle devient un risque quand une fonction essentielle (optimisation, secours, garantie) ne marche plus sans lui.
3.1 La panne temporaire du service
Un serveur tombe, une maintenance dure plus longtemps que prévu, une panne internet chez vous : la supervision disparaît quelques heures. Sur une installation bien conçue, vous ne voyez rien d’autre que l’application qui affiche un message d’erreur. Sur une installation dont l’optimisation dépend du cloud, la batterie peut se retrouver à fonctionner de façon sous-optimale, voire en mode par défaut. C’est pour cela qu’il faut demander explicitement où s’exécute la logique d’autoconsommation.
3.2 L’abandon d’un produit par son fabricant
Les fabricants disparaissent, sont rachetés, ou retirent des applications de leurs catalogues. Votre onduleur, lui, a une durée de vie nettement plus longue que la plupart des applications mobiles. Une architecture ouverte, avec des protocoles documentés, permet de continuer à piloter l’installation autrement. C’est l’un des arguments de fond en faveur de l’architecture ouverte et modulaire que nous détaillons ailleurs : elle réduit le risque de se retrouver prisonnier d’un seul acteur.
3.3 L’écosystème fermé : un compromis à connaître
Un écosystème intégré, où tout vient du même fabricant, offre une cohérence et une simplicité d’installation réelles. Il peut aussi concentrer la dépendance : mises à jour, supervision, remplacement de pièces, tout passe par la même porte. Ce n’est ni un défaut ni une qualité en soi, c’est un choix à faire en connaissance de cause. Le comparatif sur l’écosystème fermé d’un côté, ouvert de l’autre éclaire ce arbitrage de façon plus technique.
4. Coupure réseau et cybersécurité : deux sujets liés
La continuité d’alimentation en cas de blackout dépend de l’architecture électrique, pas d’une connexion internet. Un bon système de secours doit fonctionner même lorsque tout ce qui est numérique a disparu.
Le scénario qui nous intéresse ici est un cumul : une coupure du réseau électrique et, en même temps, une box internet hors service (c’est fréquent, puisque les équipements réseau sont souvent alimentés par le même circuit). Si votre solution de secours nécessite une connexion cloud pour basculer en mode îlotage, vous avez un problème. Dans une installation correctement conçue, la bascule est gérée par le matériel, localement, en quelques instants.
Rappelons que sans dispositif adapté, une installation solaire s’arrête à la coupure du réseau, par sécurité : c’est la protection anti-îlotage, qui vise à protéger les techniciens du gestionnaire de réseau de distribution (GRD) intervenant sur les lignes. Les mécanismes sont expliqués dans notre article sur pourquoi une installation s’arrête lors d’une coupure du réseau. Pour s’en affranchir, il faut un Système Anti-Blackout, et c’est précisément le genre de fonction qui ne doit dépendre d’aucun serveur distant.
Sur nos projets, nous combinons par exemple un onduleur Victron et des batteries Pylontech, ou la batterie VOLTIA conçue en Suisse avec l’option anti-blackout. Dans les deux cas, l’architecture modulaire évite le point de défaillance unique : si un module s’arrête, les autres continuent. Cette logique de redondance matérielle a son équivalent logiciel : aucune fonction critique ne devrait dépendre d’un seul service externe.
5. Ce que fait un bon installateur à la mise en service
La cybersécurité d’une installation solaire se joue pour l’essentiel le jour de la mise en service : segmentation du réseau, accès maîtrisés, documentation. Une demi-journée de rigueur évite des années de fragilité.
5.1 Un réseau dédié à l’énergie
L’idéal est de ne pas mettre onduleur, batterie, borne de recharge et pompe à chaleur sur le même réseau que les ordinateurs et téléphones de la famille. Un réseau séparé (même un simple réseau invité dédié, ou un VLAN sur un routeur adapté) limite les dégâts si l’un des appareils connectés de la maison est compromis, dans un sens comme dans l’autre.
5.2 Des accès nominatifs et documentés
Chaque personne qui accède à l’installation doit avoir son compte. Le client reçoit les identifiants administrateur, l’installateur dispose d’un accès de maintenance séparé, et la liste est consignée. Si vous souscrivez un contrat de maintenance avec surveillance à distance, demandez précisément ce que l’installateur peut voir, ce qu’il peut modifier, et comment son accès est tracé.
5.3 Une vérification de l’état de santé dans la durée
Une installation compromise ou simplement déréglée se remarque souvent par des symptômes : production anormalement basse, batterie qui ne se charge plus aux bonnes heures, paramètres modifiés sans que vous y soyez pour quelque chose. Savoir les repérer fait partie de la sécurité. Notre guide sur les indicateurs à surveiller pour détecter une sous-performance vous donne les bons réflexes, qui servent autant pour une panne que pour une anomalie de configuration.
5.4 Les conformités qui relèvent de l’électricité, pas du numérique
Une installation reste soumise aux exigences de conformité électrique suisses (NIBT/OIBT) : contrôle, protections, raccordement. Ces normes encadrent la sécurité des personnes et des biens, pas la sécurité informatique. Ne confondez pas « installation conforme » et « installation protégée contre le piratage » : ce sont deux choses à vérifier séparément.
6. Cinq questions à poser avant de choisir votre matériel
Avant de signer, cinq questions suffisent à évaluer la dépendance d’un système à un cloud : elles obligent votre interlocuteur à répondre concrètement, et leurs réponses vous en disent long sur le sérieux de l’offre.
- Où s’exécute la logique d’autoconsommation ? Dans un boîtier local chez vous, ou sur un serveur du fabricant ?
- Que se passe-t-il sans internet ? Demandez un descriptif du mode dégradé : fonctions conservées, fonctions perdues.
- À qui appartiennent les données et où sont-elles hébergées ? Et peut-on les exporter ou les supprimer ?
- Comment sont gérées les mises à jour ? Automatiques, manuelles, validées par l’installateur ? Peut-on les différer ?
- L’installation reste-t-elle pilotable si le fabricant cesse son service ? Protocoles ouverts, interfaces locales, possibilité de remplacer un composant par un autre marque.
Un point de méthode : un fabricant qui répond clairement à ces questions n’est pas forcément meilleur sur tous les plans, mais il a pensé le sujet. À l’inverse, une réponse floue ou une promesse du type « tout est sécurisé, ne vous inquiétez pas » devrait vous faire réfléchir.
Chez My Solar Battery, nous sommes multimarques et nous choisissons les technologies selon les contraintes de chaque projet, y compris celle-ci. Nous expliquons les avantages et les limites de chaque option, sans prétendre qu’une seule réponse convient à tous. Une villa avec télétravail et domotique avancée n’a pas le même profil de risque qu’une résidence secondaire peu fréquentée.
7. Garder la tête froide : proportionner le risque
Le risque cyber d’une installation résidentielle est réel mais limité, et il se traite par des mesures simples. L’enjeu n’est pas de renoncer à la connectivité, mais de la maîtriser.
Renoncer à toute supervision serait une erreur : sans visibilité, une panne silencieuse peut durer des mois et coûter bien plus qu’un incident informatique. La supervision à distance est un outil de rentabilité autant que de sécurité. De même, éviter tout équipement connecté n’est pas réaliste : les meilleures fonctions de pilotage (arbitrage horaire, gestion de la pompe à chaleur, anticipation des prix de reprise) supposent de la donnée et de la communication.
La bonne posture est celle que l’on adopte pour une serrure de porte d’entrée : on ne cherche pas l’inviolabilité absolue, on choisit un équipement sérieux, on le fait poser correctement, on garde ses clés et on sait qui en a un double. Trois habitudes suffisent : des mots de passe uniques et changés, un réseau séparé, une revue annuelle des accès. Elles prennent peu de temps et couvrent déjà les situations les plus courantes.
Questions fréquentes
Dois-je mettre à jour le firmware de mon onduleur moi-même ?
En règle générale, non, et ce n’est pas toujours souhaitable. Une mise à jour mal faite sur un onduleur ou un système de batterie peut modifier des paramètres de sécurité ou casser la communication entre composants. Demandez à votre installateur comment les mises à jour sont gérées, à quelle fréquence, et s’il valide une version avant de la déployer chez vous. Dans l’idéal, vous gardez la main : une mise à jour automatique silencieuse n’est pas forcément une bonne nouvelle.
Mon assurance bâtiment ou ménage couvre-t-elle un incident lié à un piratage de l'installation ?
Cela dépend entièrement de votre contrat, et la réponse n’est pas standardisée. De nombreuses polices ne mentionnent pas explicitement les équipements énergétiques connectés, ce qu’il convient de vérifier auprès de son assureur. Posez la question par écrit à votre assureur, en décrivant l’installation (onduleur, batterie, supervision à distance), et conservez sa réponse avec le dossier de l’installation. C’est une démarche de dix minutes qui évite une mauvaise surprise le jour d’un sinistre.
Un voisin ou un tiers peut-il voir mes données de production et de consommation ?
Pas s’il n’a pas les identifiants. Le vrai risque vient des accès partagés par commodité : un lien de visualisation public envoyé à un proche, un compte unique utilisé par plusieurs personnes. Utilisez des comptes nominatifs, révoquez les accès dont vous n’avez plus besoin, et vérifiez périodiquement la liste des utilisateurs autorisés sur votre portail de supervision. Un profil de consommation détaillé révèle vos heures de présence et d’absence, il mérite d’être protégé.
Faut-il couper le wifi de l'onduleur quand je pars longtemps en vacances ?
Ce n’est pas nécessaire et c’est même contre-productif : vous perdriez la supervision à distance, qui est justement utile pour détecter une anomalie pendant votre absence. Si l’installation est correctement configurée (accès sécurisé, mots de passe changés, réseau isolé), la laisser connectée est plus judicieux que la couper. Mieux vaut vérifier avant de partir que les alertes arrivent bien sur la bonne adresse e-mail ou le bon téléphone.
Une borne de recharge ou une pompe à chaleur connectées aggravent-elles le risque ?
Chaque équipement relié au réseau ajoute un point d’entrée potentiel, donc oui, le principe de précaution s’applique à tout appareil connecté de la maison. La bonne approche consiste à les regrouper sur un réseau dédié à l’énergie, séparé des ordinateurs et téléphones, et à ne laisser communiquer entre eux que ceux qui en ont besoin. Un pilotage local par contact ou protocole filaire limite aussi la dépendance à un service en ligne.
Conclusion
Votre onduleur et votre batterie ne doivent pas dépendre du cloud d’un fabricant pour remplir leur mission de base : produire, stocker, protéger et basculer en secours. Le cloud est une couche de confort et de suivi, utile mais substituable. Ce qui compte, c’est de savoir où s’exécute la logique, de verrouiller les accès à la mise en service, de séparer le réseau de l’installation du reste de la maison et de choisir un matériel dont le pilotage reste possible sur la durée.
Si vous préparez un projet ou si votre installation actuelle vous laisse des doutes sur ces points, nos équipes d’Etoy, de Neuchâtel et de Fribourg vous expliquent franchement ce qui est local, ce qui est en ligne et ce qui mérite d’être corrigé. Vous pouvez demander un devis gratuit pour une étude adaptée à votre toit et à vos usages.

