Depuis le 1er janvier 2026, les règles du jeu ont changé pour tout propriétaire qui injecte de l’électricité solaire dans le réseau suisse. Plafond d’injection, prix de marché trimestriel, prix plancher légal, communautés électriques locales : autant de mécanismes nouveaux qui modifient profondément l’équation économique d’une installation photovoltaïque.
Ces changements ne sont pas tombés du ciel. Ils découlent du deuxième volet d’ordonnances adopté par le Conseil fédéral le 19 février 2025, en application de la loi fédérale relative à un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables. L’objectif officiel est louable : harmoniser les rétributions dans toute la Suisse, gérer la congestion du réseau face à une production solaire en pleine expansion, et encourager une consommation locale de l’énergie produite localement. Dans les faits, pour beaucoup de propriétaires, cela signifie que revendre son surplus au réseau rapporte moins — et que la stratégie d’autoconsommation maximale devient la seule réponse économiquement cohérente.
Cet article détaille chaque nouvelle règle avec précision : ce qu’elle dit, ce qu’elle change concrètement dans votre quotidien, et ce que vous pouvez faire pour ne pas en subir les effets. Nous abordons ici les mécanismes d’injection eux-mêmes — le plafonnement, la tarification et les nouvelles options de partage — des angles que les autres articles du blog traitent séparément. Si vous souhaitez approfondir un aspect en particulier, des liens vous guideront vers les analyses dédiées.
👉 L’essentiel à retenir
- Dès janvier 2026, les nouvelles installations solaires ne peuvent injecter que 70 % de leur production dans le réseau — l'énergie excédentaire doit être stockée ou perdue.
- Le tarif de rachat n'est plus fixe : il suit un prix de marché spot recalculé chaque trimestre par l'OFEN, ce qui peut faire chuter la valeur du surplus estival.
- Un prix plancher légal protège les installations inférieures à 30 kW (6 ct./kWh minimum), mais ce seuil reste bien en dessous du coût d'achat du réseau.
- Les communautés électriques locales (CEL) permettent désormais de vendre son surplus à ses voisins de commune à un tarif négocié, avec une réduction sur les coûts réseau.
- La réponse économique à toutes ces évolutions est la même : maximiser l'autoconsommation plutôt que de compter sur l'injection.
1. Le plafond d’injection à 70 % : comprendre la règle et ses effets réels
1.1 Ce que dit le texte réglementaire
Pour les nouvelles installations photovoltaïques raccordées à partir du 1er janvier 2026, la puissance maximale d’injection dans le réseau est limitée à 70 % de la puissance crête installée. Concrètement : si votre installation dispose de 10 kW de panneaux, votre onduleur ne pourra jamais injecter plus de 7 kW vers le réseau, quelle que soit la production instantanée. Les 30 % restants doivent être absorbés en autoconsommation immédiate, stockés dans une batterie, ou… perdus.
Pour les installations existantes, la bonne nouvelle est que cette règle ne s’applique pas rétroactivement. Elle entre en jeu uniquement lors d’un remplacement d’onduleur sur une ancienne installation — moment où le raccordement est techniquement reconsidéré.
1.2 L’impact réel sur la production annuelle
En pratique, les journées où la production dépasse 70 % de la puissance installée sont relativement concentrées : principalement les après-midis de juin et juillet, lorsque le soleil est au zénith et la consommation domestique au plus bas. Sur l’année complète, l’énergie écrêtée représente un ordre de grandeur de l’ordre de 3 % de la production totale au maximum — ce n’est pas une catastrophe statistique. Mais c’est précisément aux heures où ces pointes surviennent que les tarifs spot sont les plus bas (surproduction généralisée en Suisse), ce qui rend cette énergie doublement peu valorisable sans stockage.
C’est là que la batterie change tout : plutôt que de voir ces kilowattheures s’évanouir dans la limitation de l’onduleur, ils peuvent être capturés et consommés le soir, quand le tarif réseau est plein. Pour aller plus loin sur ce point, notre analyse de le plafonnement à 70 % d’injection réseau détaille précisément les cas où l’impact économique est le plus significatif.
2. Le nouveau mécanisme de tarification : prix spot trimestriel et prix plancher
2.1 La fin du tarif fixe
Jusqu’au 31 décembre 2025, chaque fournisseur d’énergie fixait lui-même son tarif de rachat du surplus solaire. Le montant variait considérablement d’un gestionnaire de réseau à l’autre, d’une région à l’autre, parfois du simple au double. Ce manque d’harmonisation était critiqué depuis des années par les associations de producteurs.
Depuis le 1er janvier 2026, ce système est remplacé par un prix de référence unifié pour toute la Suisse. Concrètement, la rétribution en cas d’absence d’accord entre le producteur et le fournisseur est désormais indexée sur le « prix du marché moyen sur un trimestre au moment de l’injection » (art. 15 LEne, art. 12, al. 1 OEne). Ce prix est calculé tous les trois mois par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), sur la base du prix spot day-ahead pondéré par les profils d’injection réels du photovoltaïque.
2.2 Pourquoi l’été est la saison piège
Le mécanisme révèle sa logique implacable en été. Lorsque le soleil brille sur tout le Plateau suisse, des milliers d’installations injectent simultanément leur surplus vers le réseau. Cette surproduction collective fait mécaniquement chuter les prix spot sur le marché de gros. Et c’est précisément cette moyenne déprimée qui détermine votre rétribution pour le trimestre suivant.
Résultat : l’énergie que vous produisez en quantité maximale au moment où vous en avez le moins besoin est valorisée au prix le plus bas de l’année. Notre article consacré à pourquoi les tarifs de rachat s’effondrent en été décortique ce phénomène dans le détail, avec les ordres de grandeur observés.
2.3 Le prix plancher : une protection réelle mais limitée
Le législateur a prévu un filet de sécurité. Pour les installations photovoltaïques d’une puissance inférieure ou égale à 150 kW, une rémunération minimale garantie est introduite. Son montant est calculé selon une formule réglementaire (180 divisé par la puissance en kW, selon les données de l’OFEN), avec un plancher de 6 ct./kWh pour les installations inférieures ou égales à 30 kW (DC) — valeur qui décroît progressivement jusqu’à 1,2 ct./kWh pour une installation de 150 kW (art. 12, al. 1bis OEne). Concrètement : si le prix spot trimestriel tombe sous ce seuil, le producteur perçoit quand même la rémunération minimale. Et si le prix de marché est supérieur, c’est le prix de marché qui s’applique — vous bénéficiez pleinement de la hausse.
Ce mécanisme protège contre les effondrements extrêmes du marché. Mais il faut garder les proportions : 6 ct./kWh reste bien en dessous du tarif que vous payez pour acheter de l’électricité au réseau. L’arbitrage est donc toujours très clair : chaque kilowattheure autoconsommé vaut plusieurs fois plus qu’un kilowattheure injecté au prix plancher.
3. L’obligation de reprise : vos droits face au gestionnaire de réseau
Une clarification importante que les nouvelles règles apportent concerne l’obligation de rachat. Dans le cas où vous ne parvenez pas à négocier un accord de prix avec votre fournisseur local, celui-ci est légalement tenu de reprendre votre électricité au prix de marché trimestriel de référence. Il ne peut pas simplement refuser.
Ce droit est une avancée réelle pour les petits producteurs qui, par le passé, pouvaient se trouver dans une position de faiblesse face à certains gestionnaires de réseau de distribution (GRD). Cela dit, exercer ce droit ne garantit pas un prix attractif — il garantit simplement que votre électricité sera reprise. La valorisation, elle, reste tributaire du marché spot.
Par conséquent, la stratégie à long terme ne peut pas reposer sur cette obligation comme sur un revenu stable. Elle reste un garde-fou, pas un modèle économique. Pour un calcul honnête de ce que votre installation peut vraiment rapporter, notre analyse du retour sur investissement d’une installation solaire en Suisse romande intègre ces nouvelles réalités tarifaires.
4. Les communautés électriques locales : une troisième voie pour valoriser votre surplus
4.1 Un nouveau cadre légal entré en vigueur le 1er janvier 2026
Outre le mécanisme de rétribution classique, la réforme ouvre une alternative concrète pour les propriétaires qui produisent plus qu’ils ne consomment : la communauté électrique locale, ou CEL. Créée par les articles 17d et 17e de la LApEl, la CEL permet à un ou plusieurs producteurs et à plusieurs consommateurs d’une même commune de s’échanger de l’électricité via le réseau de distribution public existant, sans avoir à construire leur propre infrastructure.
Les participants définissent ensemble les tarifs internes d’échange. L’énergie qui circule à l’intérieur de la CEL bénéficie d’une réduction sur les coûts d’utilisation du réseau (20 % ou 40 % selon la configuration), ce qui améliore mécaniquement l’intérêt économique pour les deux parties : le producteur valorise mieux son surplus que sur le marché spot, et le consommateur paye son électricité solaire locale moins cher que le tarif réseau standard.
4.2 Conditions d’accès et limites pratiques
Pour qu’une CEL soit constituée, les participants doivent être raccordés au même niveau de réseau, dans la même commune, et dans la même zone de desserte du gestionnaire de réseau. Ils restent clients de leur GRD pour tout ce que la CEL ne couvre pas — il n’y a pas de rupture de contrat, simplement une couche supplémentaire de gestion locale de l’énergie.
En pratique, la CEL est particulièrement adaptée aux situations où plusieurs propriétaires proches géographiquement possèdent des toitures solaires mais des profils de consommation complémentaires : un immeuble qui consomme beaucoup en journée, une villa qui produit plus qu’elle ne consomme… Notre article sur les communautés électriques locales en Suisse romande détaille les quatre modèles de partage coexistants et les étapes concrètes pour en constituer une.
5. La réponse stratégique : construire un système d’autoconsommation robuste
5.1 Pourquoi l’injection devient la dernière option
Pris ensemble, les trois mécanismes décrits — plafonnement à 70 %, tarification au prix spot déprimé en été, prix plancher insuffisant pour concurrencer le tarif réseau — dessinent un message cohérent : l’injection réseau ne peut plus être le pilier de la rentabilité d’une installation solaire. Elle est, au mieux, une soupape de sécurité pour l’énergie qu’on ne peut vraiment pas consommer ni stocker.
La logique économique s’est inversée. Pendant longtemps, certains installateurs dimensionnaient les installations pour maximiser la production brute et donc l’injection. Chez My Solar Battery, l’approche a toujours été différente : partir de la consommation réelle du foyer, analyser les profils de charge heure par heure, et dimensionner le système — panneaux, batterie, charges pilotables — pour que chaque kilowattheure produit soit consommé là où il a le plus de valeur : chez vous.
5.2 Le rôle central de la batterie dans ce nouvel environnement
La batterie de stockage n’est plus un accessoire optionnel qui améliore légèrement le taux d’autoconsommation. Dans le contexte réglementaire de 2026, elle devient le pivot qui permet de contourner à la fois le plafond d’injection et la dévalorisation estivale. L’énergie écrêtée par le plafond à 70 % peut être stockée ; le surplus de midi peut être décalé vers le pic de consommation du soir ; et la valeur de chaque kilowattheure stocké est ancrée sur le tarif réseau, pas sur le prix spot.
Pour choisir la bonne capacité, la règle d’or reste de ne pas surdimensionner. Une batterie trop grande par rapport au profil de charge tourne sous-utilisée et allonge inutilement le temps de retour sur investissement. Notre guide pour bien dimensionner sa batterie solaire pose les vraies questions à se poser avant de choisir une capacité.
5.3 Un point de vigilance souvent sous-estimé
Sur le terrain, un écueil revient régulièrement dans les projets que nous accompagnons : les propriétaires supposent que, puisqu’ils ont une installation solaire et une batterie, ils sont protégés en cas de coupure réseau. C’est une erreur dangereuse. Sans système anti-blackout spécifiquement configuré, l’installation s’arrête automatiquement lors d’une interruption du réseau — c’est une exigence de sécurité destinée à protéger les techniciens du GRD qui interviennent sur les lignes. La batterie seule ne suffit pas : il faut une architecture explicitement prévue pour basculer en mode îloté, comme une combinaison Victron MultiPlus-II avec batteries Pylontech, ou notre solution propriétaire VOLTIA avec l’option anti-blackout activée.
L’architecture modulaire que nous privilégions — plusieurs modules indépendants plutôt qu’un seul bloc monolithique — présente un avantage supplémentaire : si un module s’arrête pour une raison quelconque, les autres continuent de fonctionner. Pas de point de défaillance unique, pas de coupure totale.
5.4 Les charges pilotables : amplifier le bénéfice sans ajouter de capacité
Au-delà de la batterie, les charges pilotables sont un levier souvent sous-exploité. Un chauffe-eau thermodynamique compatible smart grid ready, une pompe à chaleur pilotée par un EMS, une borne de recharge qui charge la voiture électrique prioritairement sur le surplus solaire : chacun de ces équipements est une « batterie invisible » qui absorbe de l’énergie solaire au bon moment et réduit d’autant la dépendance au réseau. La combinaison d’un pilotage intelligent avec une batterie physique bien dimensionnée est systématiquement plus efficace que de se contenter d’une seule approche, quelle qu’elle soit. Pour explorer cette logique d’ensemble, notre article sur les solutions de stockage avec batterie décrit comment ces trois systèmes interagissent dans une architecture intégrée.
Questions fréquentes
Mes panneaux installés avant 2026 sont-ils aussi concernés par le plafond d'injection à 70 % ?
Non, le plafonnement à 70 % s’applique aux nouvelles installations raccordées dès le 1er janvier 2026. Les installations existantes ne sont concernées qu’en cas de remplacement de l’onduleur. Si vous changez votre onduleur sur une installation ancienne, la règle s’applique alors au nouveau raccordement.
Que se passe-t-il si mon fournisseur d'énergie refuse de me racheter mon surplus solaire ?
Depuis janvier 2026, les fournisseurs d’énergie ont une obligation légale de reprise. En l’absence d’accord sur un prix négocié, le fournisseur est tenu d’acheter l’électricité injectée au prix de marché trimestriel de référence calculé par l’OFEN. Vous n’êtes donc pas sans recours, mais le prix obtenu peut être très bas en période de surproduction solaire estivale.
Est-ce qu'on peut intégrer une installation existante dans une CEL, ou faut-il tout refaire ?
Une installation photovoltaïque existante peut en principe participer à une communauté électrique locale (CEL), à condition que le producteur et les consommateurs soient dans la même commune et raccordés au même niveau de réseau. Il n’est pas nécessaire de réinstaller les panneaux : c’est essentiellement une démarche administrative et contractuelle à initier avec le gestionnaire de réseau local.
Le prix plancher de 6 ct./kWh est-il garanti à vie ou peut-il être révisé ?
Le prix plancher est fixé par voie d’ordonnance fédérale (OEne). Il peut donc théoriquement être révisé par le Conseil fédéral à l’avenir. Pour connaître les valeurs en vigueur au moment de votre projet, il est conseillé de consulter directement les publications de l’OFEN ou de Swissolar, ou de vous rapprocher d’un installateur qui suit l’évolution réglementaire.
Le bonus hivernal introduit en 2026 concerne-t-il les installations résidentielles classiques ?
Non. Le bonus hivernal s’adresse aux nouvelles installations photovoltaïques d’au moins 100 kW qui produisent plus de 500 kWh par kW installé durant la période hivernale. Ce seuil de puissance le rend inaccessible pour la grande majorité des installations résidentielles, qui se situent typiquement entre 5 et 20 kW. Il concerne plutôt les grands toits industriels, agricoles ou collectifs.
Conclusion
Les nouvelles règles d’injection de 2026 forment un ensemble cohérent qui oriente résolument le marché vers l’autoconsommation locale. Le plafonnement à 70 %, la tarification au prix spot trimestriel avec un prix plancher insuffisant pour rivaliser avec le tarif réseau, et l’émergence des CEL envoient tous le même message : l’énergie produite sur votre toit vaut davantage consommée chez vous — ou chez votre voisin — que vendue au réseau.
Ce n’est pas une mauvaise nouvelle. C’est une invitation à concevoir les installations autrement, avec plus de cohérence entre ce que votre toit produit et ce que votre foyer consomme réellement. Une batterie bien dimensionnée, des charges intelligemment pilotées, et le cas échéant une participation à une CEL : voilà les trois leviers qui rendent une installation vraiment performante dans ce nouvel environnement réglementaire.
Si vous souhaitez savoir ce que ces règles changent concrètement pour votre projet — ou pour une installation déjà en service — My Solar Battery réalise des études de faisabilité personnalisées en Suisse romande, avec une analyse honnête de la rentabilité attendue. Demandez un devis gratuit et obtenez une vision claire de ce que votre toit peut vraiment vous rapporter.

