Janvier 2026 a marqué une rupture nette dans les règles du jeu photovoltaïque en Suisse. Ce n’est pas une évolution cosmétique : c’est un changement de paradigme qui touche à la fois la façon dont votre surplus est rémunéré, la quantité d’énergie que vous pouvez injecter dans le réseau, et les nouvelles possibilités de partage avec vos voisins.
Ces réformes découlent directement de la loi fédérale relative à un approvisionnement en électricité sûr reposant sur des énergies renouvelables, votée en juin 2024, et du deuxième volet d’ordonnances adopté par le Conseil fédéral en février 2025. Si vous êtes propriétaire d’une installation solaire ou si vous envisagez d’en poser une, comprendre ces nouvelles règles n’est pas optionnel — c’est la condition pour prendre les bonnes décisions techniques et économiques.
Ce qui frappe, à la lecture de ces textes, c’est la cohérence du message qu’ils envoient collectivement : l’ère du « je produis, j’injecte, je perçois un tarif fixe » est révolue. Le système suisse pousse désormais résolument vers l’autoconsommation, le stockage et l’intelligence énergétique. Voici ce que cela signifie concrètement, règle par règle.
👉 L’essentiel à retenir
- Depuis le 1er janvier 2026, toute nouvelle installation solaire raccordée au réseau est limitée à 70 % d'injection — les 30 % restants doivent être autoconsommés ou stockés, sous peine d'être perdus.
- Le tarif de reprise est désormais calculé trimestriellement par l'OFEN sur la base du prix spot du marché : il peut s'effondrer en été, précisément quand votre installation produit le plus.
- Les installations inférieures à 30 kW bénéficient d'un prix plancher légal de 6 ct/kWh — une protection minimale, mais insuffisante pour rentabiliser un surplus massif non stocké.
- Les communautés électriques locales (CEL) sont opérationnelles depuis janvier 2026 : producteurs et consommateurs d'une même commune peuvent partager l'électricité via le réseau public avec une réduction sur le tarif réseau.
- Ces changements renforcent tous la même logique : autoconsommer davantage, stocker intelligemment, et piloter ses charges plutôt que d'injecter à bas prix.
1. Le tarif de reprise indexé sur le marché spot : la fin des certitudes
Jusqu’à fin 2025, chaque gestionnaire de réseau de distribution (GRD) fixait librement son propre tarif de reprise pour l’électricité que vous injectiez. Un canton pouvait offrir des conditions très différentes du suivant, et le tarif restait stable sur l’année. Ce système — imparfait mais prévisible — a pris fin le 1er janvier 2026.
1.1 Une mécanique trimestrielle pilotée par l’OFEN
Désormais, le tarif de reprise est harmonisé à l’échelle nationale et calculé tous les trois mois par l’Office fédéral de l’énergie (OFEN). La base de calcul : la moyenne du prix du marché spot du jour d’avant (day-ahead), pondérée en fonction de l’injection effective du photovoltaïque par quart d’heure. En clair, votre rémunération reflète précisément les moments où votre installation injecte — et ces moments coïncident souvent avec des périodes de surproduction collective, donc de prix bas.
La conséquence est immédiate et documentée : le prix de reprise s’effondre en été, quand des milliers d’installations solaires produisent simultanément et inondent le réseau. C’est exactement l’inverse du bénéfice que l’on pourrait espérer d’une belle journée de juillet. Pour comprendre en détail cette mécanique et ses effets sur votre compte de résultat, l’article consacré au tarif de rachat spot dès 2026 entre dans le calcul précis trimestre par trimestre.
1.2 Le prix plancher légal : une protection minimale
Pour éviter que les petites installations se retrouvent rémunérées à des niveaux dérisoires, la réglementation introduit un prix plancher légal, ancré à l’article 12, alinéa 1bis de l’Ordonnance sur l’énergie (OEne, version du 1.1.2026, RO 2025 138). Ce plancher est fixé à 6 ct/kWh pour les installations photovoltaïques de moins de 30 kW. Pour les installations entre 30 et 150 kW, ce plancher de 6 ct/kWh s’applique uniquement à la tranche jusqu’à 30 kW — au-delà, aucune rémunération minimale légale n’est garantie.
Ce prix plancher est une sécurité, pas une rentabilité. À 6 centimes le kilowattheure injecté, quand le tarif d’achat au réseau dépasse souvent trois à quatre fois ce montant, chaque kilowattheure que vous autoconsommez vaut structurellement bien plus que chaque kilowattheure que vous cédez au réseau. Le signal économique est limpide.
2. Le plafonnement à 70 % d’injection : comprendre ce que vous perdez vraiment
La deuxième mesure phare de 2026 concerne la quantité d’énergie que vous pouvez physiquement injecter dans le réseau. Depuis le 1er janvier 2026, toute nouvelle installation raccordée est soumise à une limitation : elle ne peut injecter que 70 % de sa production dans le réseau public. Les 30 % restants doivent être absorbés localement — autoconsommés directement ou stockés dans une batterie.
2.1 La logique réseau derrière la règle
Cette mesure est fondée sur l’article 17c de la Loi sur l’approvisionnement en électricité (LApEl) et précisée à l’article 19c de l’OApEl. L’objectif est de prévenir la congestion locale du réseau de distribution lors des pics de production estivaux. Le réseau suisse, dimensionné pour des flux d’énergie descendants (de la centrale vers le consommateur), supporte mal l’inversion massive et simultanée des flux. Le plafonnement est une réponse technique à cette réalité physique.
Point important souligné par l’ElCom dans sa newsletter de décembre 2025 : les installations existantes ne sont pas concernées par défaut. La limitation ne leur sera imposée qu’en cas de remplacement de l’onduleur. Et si des travaux de mise à niveau sont nécessaires pour limiter une installation existante, les coûts ne doivent pas être facturés au producteur. La règle cible donc prioritairement les projets nouveaux.
2.2 Ce que la batterie change dans l’équation
En pratique, les études de dimensionnement menées sur le terrain montrent que la perte réelle liée au plafonnement à 70 % reste limitée — de l’ordre de 1 à 2 % de la production annuelle pour une installation correctement dimensionnée. Mais cette nuance ne vaut que si le surplus est effectivement capté par une batterie plutôt qu’écrêté.
Sans batterie, les 30 % non injectables sont simplement perdus aux heures de pleine production. Avec une batterie bien dimensionnée, ces mêmes kilowattheures sont stockés et consommés le soir ou le lendemain matin, au tarif plein. L’analyse détaillée du plafonnement à 70 % d’injection réseau quantifie précisément cet arbitrage selon les profils de consommation. Chez My Solar Battery, nous refusons de dimensionner une batterie « pour compenser le 70 % » sans avoir d’abord analysé les courbes de charge réelles du client — un surdimensionnement de batterie est aussi une erreur qu’un sous-dimensionnement.
3. Les communautés électriques locales (CEL) : partager l’énergie à l’échelle du quartier
La troisième nouveauté de 2026 est peut-être la plus structurante sur le long terme : les communautés électriques locales (CEL) sont désormais opérationnelles. Depuis le 1er janvier 2026, elles peuvent être annoncées auprès de tous les gestionnaires de réseau suisses, qui disposent de trois mois pour les mettre en place.
3.1 Ce qu’une CEL permet concrètement
Une CEL permet à des producteurs et des consommateurs situés dans la même commune, raccordés au même GRD et au même niveau de réseau (NR7 ou NR5), de s’échanger de l’électricité via le réseau public existant. Le propriétaire d’une toiture solaire peut donc valoriser son surplus auprès de ses voisins — y compris des locataires, ce que le RCP classique ne permettait pas — à un tarif négocié entre les membres, plutôt qu’en l’injectant au prix spot.
La réduction sur le tarif d’utilisation du réseau est significative : le Conseil fédéral a fixé une réduction de 40 % sur le tarif réseau lorsqu’un seul niveau de réseau est utilisé au sein de la CEL. C’est ce rabais qui rend l’échange économiquement intéressant pour les deux parties — le producteur valorise mieux son kWh, le consommateur paie moins cher que le tarif standard.
L’inscription à une CEL déclenche automatiquement l’installation d’un compteur intelligent (smart meter) par le GRD, dans un délai maximum de trois mois — condition technique indispensable pour mesurer les flux entre membres. Pour les copropriétés ou les immeubles locatifs qui réfléchissent à ce modèle, l’article consacré aux communautés électriques locales détaille les trois modèles coexistants (RCP, RCPv et CEL) et leurs conditions d’accès respectives.
3.2 CEL, RCP, RCPv : trois outils, trois logiques
Il est important de ne pas confondre ces régimes, car ils reposent sur des bases légales différentes. Le RCP (regroupement dans le cadre de la consommation propre) et le RCPv (RCP virtuel) sont régis par la LEne et l’OEne ; ils s’appliquent en général à un même bâtiment ou à des bâtiments contigus appartenant au même propriétaire. La CEL, elle, est régie par la LApEl (articles 17d et 17e, RO 2024 679) et les articles 19e à 19h de l’OApEl : elle franchit les frontières de propriété et permet d’atteindre des voisins à l’échelle communale. Ce n’est pas le même outil, et le mélanger dans un projet conduit à des erreurs de conception coûteuses.
4. Ce que ces trois règles changent dans le raisonnement d’un propriétaire solaire
Pris isolément, chacun de ces changements représente un ajustement. Pris ensemble, ils dessinent une nouvelle logique d’optimisation que tout propriétaire solaire en Suisse romande doit intégrer dans sa réflexion dès aujourd’hui.
4.1 L’autoconsommation n’est plus une option, c’est la stratégie principale
Quand le tarif d’injection est volatile, bas en été et incertain, et que l’injection elle-même est plafonnée à 70 %, la rentabilité d’une installation ne peut plus reposer sur la vente du surplus. Elle repose sur l’élimination du besoin d’achat au réseau. Chaque kilowattheure autoconsommé vaut le prix de l’électricité évitée — soit un multiple du prix de reprise en période creuse.
Cela change le dimensionnement optimal d’une installation. L’objectif n’est plus de maximiser la puissance crête, mais de calibrer finement production, stockage et consommation. Le pilotage intelligent de vos charges — via un système de gestion énergétique (EMS) — devient la pièce maîtresse qui permet de décaler une machine à laver, de préchauffer un ballon d’eau chaude ou de charger une voiture électrique exactement quand le soleil produit.
4.2 La batterie comme réponse systémique
Une batterie de stockage répond simultanément aux trois contraintes réglementaires de 2026 : elle capture les 30 % non injectables, elle absorbe le surplus lors des creux de prix spot et elle sécurise l’alimentation en cas de coupure réseau si elle est couplée à un système anti-blackout.
Sur ce dernier point, une mise en garde s’impose. La majorité des installations solaires — même équipées d’une batterie — s’arrêtent automatiquement en cas de coupure réseau, par sécurité (protection anti-îlotage). Ce comportement est imposé par les normes pour protéger les techniciens du GRD qui interviennent sur le réseau. Pour rester réellement alimenté lors d’une panne, il faut un système spécifiquement conçu pour cela — comme une architecture Victron MultiPlus-II couplée à des batteries Pylontech, ou la solution VOLTIA avec option anti-blackout.
Nous privilégions systématiquement les batteries à chimie lithium fer phosphate (LFP), sans cobalt, pour leur stabilité thermique supérieure et leur longévité en cycles. Avec plus de 6 000 cycles garantis sur la VOLTIA et une architecture modulaire qui évite le point de défaillance unique, ce choix de chimie n’est pas marketing — il est dicté par les conditions réelles d’utilisation sur le terrain suisse.
4.3 La dimension réglementaire ne va pas s’arrêter là
Il faut le signaler : le Conseil fédéral a adopté en mai 2026 de nouvelles révisions partielles d’ordonnances dans le domaine de l’énergie, dont une relative à la rétribution du courant injecté. Ces textes entrent en vigueur le 1er juillet 2026, avec des nouvelles règles de rétribution de reprise prévues pour le 1er janvier 2027. Le cadre réglementaire continue d’évoluer. Une installation dimensionnée pour 2024 peut se révéler sous-optimale en 2026 si elle ne tient pas compte de ces évolutions — c’est pourquoi My Solar Battery intègre systématiquement une veille réglementaire dans l’accompagnement de ses clients après installation.
Ces ajustements successifs témoignent d’une volonté politique claire : revoir en profondeur la manière dont les producteurs solaires participent au marché de l’électricité, plutôt que de simplement percevoir une rétribution administrative figée. Pour un propriétaire, comprendre la logique derrière ces textes — plafond d’injection, prix de marché trimestriel, prix plancher légal — devient aussi important que de choisir ses panneaux. C’est précisément ce que détaille le guide des nouvelles règles d’injection 2026, pour que chaque décision d’investissement repose sur un cadre réglementaire à jour.
Par ailleurs, certains cantons ont introduit des obligations d’installation photovoltaïque lors de rénovations de toiture d’une certaine ampleur ; renseignez-vous auprès de l’office cantonal de l’énergie compétent pour connaître les seuils applicables à votre situation. C’est un déclencheur supplémentaire qui s’additionne aux nouvelles règles d’injection et de rétribution.
Questions fréquentes
Les installations existantes sont-elles aussi concernées par le plafonnement à 70 % ?
Non, pas immédiatement. La règle des 70 % d’injection s’applique aux nouvelles installations raccordées depuis le 1er janvier 2026. Pour les installations existantes, la limitation ne sera imposée qu’en cas de remplacement de l’onduleur. De plus, l’ElCom a précisé que les coûts éventuels de mise à niveau ne doivent pas être facturés aux producteurs, et que la limitation ne s’applique aux installations existantes que lorsqu’elle génère un avantage pertinent pour le réseau.
Que se passe-t-il si le prix spot trimestriel tombe en dessous de 6 ct/kWh pour une installation de moins de 30 kW ?
Le prix plancher légal de 6 ct/kWh s’applique alors automatiquement. C’est une protection minimale introduite par la nouvelle réglementation fédérale : le GRD ne peut pas vous rémunérer en dessous de ce seuil pour les installations inférieures à 30 kW. En revanche, pour la tranche au-delà de 30 kW d’une installation entre 30 et 150 kW, ce plancher n’existe pas.
Un locataire peut-il participer à une communauté électrique locale (CEL) ?
Oui. Contrairement au regroupement dans le cadre de la consommation propre (RCP) qui implique une relation propriétaire, la CEL est accessible aux locataires. La condition principale est d’être situé dans la même commune, raccordé au même gestionnaire de réseau et au même niveau de réseau (NR7 ou NR5).
Faut-il un smart meter pour participer à une CEL ?
Oui. L’inscription à une communauté électrique locale déclenche l’installation d’un compteur intelligent par le gestionnaire du réseau de distribution, dans un délai maximum de trois mois. C’est une condition technique indispensable pour mesurer les flux d’énergie entre les participants de la communauté.
Ces nouvelles règles modifient-elles les subventions Pronovo ?
Les nouvelles règles de 2026 portent principalement sur la rétribution de l’injection, le plafonnement réseau et les communautés électriques. Les mécanismes de subvention fédérale (notamment la rétribution unique de Pronovo) relèvent d’un cadre distinct. Pour connaître les conditions d’éligibilité et les montants en vigueur, consultez directement l’office cantonal de l’énergie de votre canton ou le site de Pronovo.
Conclusion
2026 marque un vrai tournant pour le photovoltaïque suisse. Le prix de reprise indexé sur le marché spot, le plafonnement à 70 % d’injection et l’ouverture des communautés électriques locales ne sont pas trois mesures isolées : ils convergent tous vers la même conclusion. Produire de l’énergie solaire ne suffit plus — il faut la consommer, la stocker et, si possible, la partager intelligemment à l’échelle locale.
Pour un propriétaire en Suisse romande, cela se traduit par des questions très concrètes : ma batterie est-elle bien dimensionnée pour capter le surplus non injectable ? Mon installation est-elle pilotée pour maximiser l’autoconsommation ? Suis-je éligible à une CEL avec mes voisins ? Ces questions méritent des réponses basées sur vos données réelles de consommation — pas sur des estimations génériques.
Si vous souhaitez faire le point sur votre situation ou dimensionner un projet dans ce nouveau cadre réglementaire, demandez un devis gratuit : My Solar Battery vous accompagne de l’étude de faisabilité jusqu’à la mise en service, en intégrant les subventions disponibles et les contraintes de votre canton.

